L’Atelier de Cédric avec Jean Fauque

L’Atelier de Cédric avec Jean Fauque

Auteur notamment pour Alain Bashung, Johnny Hallyday, Vanessa Paradis, Jacques Dutronc

Il était là, assis dans son fauteuil de l’ombre : celui qu’on réserve aux auteurs de la chanson française. Depuis une petite vingtaine d’années, on avait pris l’habitude de le trouver derrière la bouche d’Alain Bashung, son frère de croisade linguistique avec qui il ouvrait de nouvelles voies dans la jungle de la langue française chantée. Il était là, fidèle à son pupitre en coulisse et aux grands rendez-vous : « Novice », « Osez Joséphine », « Chatterton », «Fantaisie Militaire», « L’imprudence »…, malaxant sans cesse le champ lexical pour y cultiver des parfums inédits. Dans son tandem avec Bashung, il est devenu le plus légitime successeur de Gainsbourg dans l’élite de l’écriture voltigeuse, jonglant avec les techniques et transgressant les codes avec une rigueur folle. Il était là, parfois aussi en goguette, au service d’autres grandes binettes de la chanson : Jacques Dutronc, Johnny, Guesch Patti, Vanessa Paradis et quelques autres triés sur l’établi.

Son statut de parolier de prestige avait presque occulté ses états de service passés. La bienveillance d’André Popp (un des papes de la musique électronique primitive) à son arrivée à Paris en 1969 ; ses trois premières tentatives en tant qu’auteur compositeur interprète, sous le nom de Janot au début des années 80 dont l’inénarrable —et remarqué— Béret Basque et bottes de cuir ; et puis ses deux chroniques romanesques co-écrites avec Jacques Roseau sur la saga des Français d’Algérie (Le 13è convoi et Le 113è été). On avait surtout complètement oublié que Jean Fauque pouvait, un jour, passer de l’autre côté du miroir et nourrir à son tour l’envie d’enrouler ses propres textes dans sa voix. Il lui restait à trouver une forme, des complices, une esthétique. C’est à présent chose faite.

Le charme est né par hasard, en 2003 , lorsque le pianiste de jazz Baptiste Trotignon déplia ses cascades d’ivoire mélodique et son toucher sensuel pour soutenir les deux premières interprétations de Jean : J’évolue et D’Octobre — une somme de strophes écrites en 1988 à l’époque de l’album « Novice» de Bashung et savamment conservées dans les grimoires personnels depuis —. L’embarcation piano-voix de Jean Fauque mit le cap vers le grand large. Au gré des climats, des absences, des alizés, des inspirations, et des rencontres, son encre marine a pris la tangente depuis Cole Porter jusqu’à Debussy dans les envolées mutines de Jo Kaiat, le long des panoramiques peintes par Christian Gaubert (Au muséum, Off the record, Ma jonque est jaune, J’essaierai), en ballades au clair de lune en cinémascope orchestrées par Jean-Pierre Mas (Châtelaine, J’expire), dans les mélodies en escaliers d’Alain Lanty (Prière de parfumer) et les spirales funèbres de Michel Ghetti (Bal perdu)

Après trois années d’explorations et d’expériences, Jean est donc arrivé au bout de son périple intime et livre « 13 Aurores », son premier album en tant qu’auteur-interprète à plus de cinquante printemps : un cas unique dans notre pays et dans notre époque. Un sacré disque de crooner évidemment… mais un crooner fragile, sur le fil. « Je vous emmène en croisière… Je vous emmène vers des mondes oubliés, à jamais disparus, un peu de luxe et de volupté… Dans un monde imprévu, écouter la légende du pianiste sur l’océan. » : vous voilà embarqués dans treize chansons d’alcôve à goûter comme un voyage immobile au son d’un seul piano et d’une voix revenue comme à pied du fond des âges. Une voix épistolaire et organique, coulant les jours de la comédie humaine avec une élégance rieuse quasi-impressionniste. Une voix qui rôde en talk-over traversé de petits galops de chant effleurés mouchetés où Baudelaire, Anaïs Nin, Henry Miller, Gainsbourg et Léo Ferré retrouveront leur héritage commun.

Biographie écrite par Marc Besse

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